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6.14.2013

PROPOS SUR LES PAYSAGES ....




Les roseaux pensants vont dans la même direction... Aux bords du trou s'interposent les monuments, panthéons, livres révélés, oeuvres d'art, jardins, labyrinthes, bistros, bordels, ipads, vitrines... Et sont distribués les guides... Les touristes, les bons fils, les oies blanches, les grenouilles grosses comme des boeufs, l'armée des natifs de bonne volonté viennent voir ce qui se passe. Les prophètes et les vendeurs distribuent des lointains à ces voyageurs. Ils voient sur des prospectus qu'au-dessus de leurs têtes passent les signes du zodiaque. Un peu plus haut les anges et les saints chargent leurs semaines de musiques et d'actions de grâce, plus haut s'ouvrent les paradis où banquets, coïts interminables, petits garçons et vierges en pagnes légers offrent les plus étonnants transports aux âmes des justes ... Plus haut.... Plus haut.... les mots et les images ne servent à rien. En bas, sous les semelles de pélerins, grouillent les démons fort semblables aux pirates sarrasins, bouilleurs d'huiles effrayantes, cuiseurs de chairs, piqueurs de reins, suceurs de sang, arracheurs de morceaux, mâcheurs de cervelles... Telles sont les bornes des croyances, les maisons du Bien et du Mal... Telles sont les écuries des créatures du Tout Puissant, abreuvées de phrases, égorgées halal ou munies des sacrements... Leur vie ne mâche pas les mots des textes sacrés, ils avalent les postillons des prêcheurs et les éclairs des sabres de la "Vérité", les mains jointes sur un prie-dieu, le cul en l'air au-dessus d'un tapis ou la tête remuante contre un mur de lamentations...

L'Orient interdit les images. Ses paradis et ses enfers restent dans les crânes, sautent par coeur de génération en génération comme les puces de chat en chat. Il suffit d'un mot de travers pour les remuer, secouer des craintes comme la neige des boules de verre, de quelques phrases pour déchaîner des anges et des diables, faire d'un privé de dessert un porteur de nitroglycérine ou de cyanure, un éboueur de péchés, l'index d'un céleste vengeur ou l'épée d'un prophète en colère... A force de tempêtes , de souffre, de bruits, d'eaux lustrales, de prières, les fusées de la Foi remplissent les têtes soumises et poussent les reins sur les pentes des vallées de larmes...






L'Occident à la grecque, porté sur les athlètes, les gladiateurs et les philosophes, rassemble des foules autour des moissons et des vendanges, cadastre sa nature, échelonne ses ambitions, glisse en toutes formes une géométrie, une pesanteur... Ses barbares laissaient vivre leurs femmes, les menaient armées à la guerre... Rome avait son mur d'Hadrien, ses forts du Rhin et du Danube...Il fallait aux légions des itinéraires, des provisions, des prostituées et des marchands syriens... Ceux d'en face bavaient sur les acqueducs et les fontaines des villes, les terres à blé des frontières, le quadrillage des voies, les casernes chauffées l'hiver... A l'Ouest les crânes s'ouvrent sur les extérieurs déversés dans les mosaïques, les fresques, les bassins à portiques où se mirent les Narcisses et les Antinoüs et où se penchent les sourires, les bouches ornées, les courbures des reins... Dans les forêts, des satyres montés comme des ânes suivent des cortèges d'ivrognes à demi dieux...







Giorgione s'intéresse aux nuages , aux cuisses, aux porteurs de hallebardes et ferme son horizon de nuages bas et d'éclairs... Car entre le ciel et l'enfer sont déclinées les aventures de l'homme, chacun sait que l'au-delà est fort court après la dernière aspiration d'un certain mélange d'oxygène et d'azote, et que les plus profondes respirations servent aux conséquents à voir au-delà du monde , c'est à dire derrière la ligne d'horizon.... Tout paysage est un arc du cercle planétaire, une frontière de soi-même et une proposition d'aller voir ailleurs ce que font les grand-mères... On ne s'y déplace pas qu'avec les pieds, on y prend la mesure des temps et des températures de la vie, on y sonde les puits de la naissance et de la mort, on y regarde passer les saisons qui jamais ne nous appartiennent, on y épouse les joyeusetés de la lumière... La Nature est une vieille idée de philosophes, elle n'a jamais existé que dans leurs têtes...Et sur le tard dans leurs culottes... Ils disent qu'elle est bonne fille et mère généreuse... Ils disent que le bleu de l'air, le vert des forêts le blanc des nuages et l'or des blés sont les cadeaux de la Providence et que des signes savants y bornent les chemins du Bonheur... Mais serait-elle si différente s'il n'y avait d'yeux que ceux des loups et des agneaux pour contempler les rosées du matin? Quels esprits se sont attribués de l'âme ? Avaient-ils peur des ombres et des vents au point que leur barbe dans les flaques eut un air d'immortalité? Nos traces dans la poussière, les brumes de nos paroles au lever du jour, nos excréments plus fréquents que nos amours et nos amitiés, nos cueillettes de champignons et nos rires mériteraient-ils un sort plus enviable que les cabrioles des libellules ?... Il suffit de vingt ans pour faire d'un palais un pigeonnier en ruines, d'une route un petit bois, d'une ville un repaire de cafards et d'une prairie une roncière où copulent des hérissons... Quand sera tournée la page de l'Homo sapiens, les océans se rempliront de chair fraîche, les chiens redeviendront des loups, les sangliers feront du lard sur les gravats des banques, des minarets et des clochers...



 



Les paysages servent-ils encore? Ceux de Giorgione ou de Poussin mettaient de l'alchimie ou de l'ordre, faisaient la part des hommes où coururent les faunes, celle des blés où bramèrent les cerfs, celle de l'esprit où régnèrent les bêtes... L'oeil exercé de l'ancien monde distribua les routes, les carrefours, bâtit les granges et répartit les arbres... Les paysages se firent à la main, les forêts débardées par des attelages, les chemins creux et les fossés entaillés à la pioche, à la bêche... Nos morts nous ont fait le décor. Quelques exaltés s'empressent de s'y mettre, pulvérisent à tout va des joyaux de la chimie... se laissent guider par satellite... cavalcadent sur des pneus géants dans les vapeurs de gazole... Et bientôt les vents nous chanteront la douce complainte des banques, nous apporteront le chaud et le froid d'une étrange Terre Promise comme s'il pleuvait des bibles et des tables de multiplication sur nos pauvres salades... Car l'objectif est de rendre ce monde confortable et ses recoins utiles.






L'aventure n'est plus derrière les montagnes , mais sur les faces cachées de la Lune et de Mars, dans les bactéries-transistorisées, les antennes greffées sous la peau, la pesée quotidienne de l'oxygène donné et reçu... Regardons encore ce qui ressemble à ce que nous fûmes, comme penchés sur la nécropole des sueurs et des larmes perdues, nos photographies seront fort utiles aux parcs d'attraction et injections d'images fraîches dans le cortex des centenaires... Nous sommes aussi glacés que les lois que nous avons découvertes, nos jardins et nos désirs sont du marbre de nos idéologies pour débiles de bonne volonté... Nous sommes en foule et en concert du matin au soir, les forêts tropicales sont civilisées en rouleaux de papier cul par des chinois pour des enfants de Dieu... Quel jardin des délices! Nos derrières torchés aux essences rares de Bornéo! ... Laissons le Bonheur dans les Préambules, dans les poubelles qui débordent, qu'il pende sur les chapelets, aux barbes des hommes pieux, dans les slips, les 4x4 et les chambres à gaz pour bananes de l'OMC... Ne promettons rien, payons-nous le luxe inouï de l'insignifiance et de la ligne d'horizon...

6.13.2013

PLANETE NEUVE ET LOINTAINE ....











Ceux (celles) qui ont la plainte facile, disent que notre monde est trop compliqué. Ils (elles) se désabusent de tout. Ainsi font les classes moyennes en déroute de culture et de savoir, inaptes aux conquêtes, amnésiques et châtrées. Ils (elles) lâchent des soupirs, posent des yeux de veaux sur leur progéniture et le spectacle terrestre. On dirait qu'ils sont pierreux de la tête et des fesses. Ces impropres à l'Histoire ne rêvent que d'étables et de frais ombrages. Peu capables d'avenir, occupés de miettes et lourds comme des tombes, ils gisent. 
On les flatte et on les prie d'en haut pour que vivent les banques et tous les bras-droits de Ploutos , dieu de l'argent : il y faut beaucoup de mathématiques, d'innombrables rumeurs , des trains de caddies, des savoirs jetables, multitude d'oiseaux rares technologiques et le concert médiatique dès la petite enfance. Résignés au Bonheur et titillés de peurs, mis en réseaux et organisés en bandes de perroquets aux couleurs des logos, les hommes et les femmes de l'Axe du Bien moulinent dans les machines à penser, ont le corps très près de l'esprit et l'âme occupée aux corps : manger, copuler, dormir, engendrer un peu, vieillir en forme, déféquer dans des porcelaines éclatantes ... Tels sont leurs virages autour du Soleil.
Rien de bien neuf chez les damnés. Mais cette immobilité entretenue à toute vitesse consomme tant d'énergie et de frottements que la Terre a trop chaud. Des cadavres sortent des congélateurs : prophètes et hommes de Dieu reprennent du service,  les livres sacrés la direction des places de marché. Les barbus terroristes de femmes ont la trique, veillent aux grains des démons, s'acharnent à la purification de ce monde trop chaud... Pourfendeurs de cochons et abatteurs  identitaires ... Le peuple élu de Dieu creuse des piscines en Palestine, on voit de plus en plus de calottes, turbans, voiles, robes noires, manquent les étoiles jaunes, les triangles roses et autres "signes" de repérage...
Jamais nous n'avons été si près de nous-même et si chanceux. Le Bien et le Mal ont déserté le Ciel et l'Enfer. Notre exigeante Raison est partie en fumée à Los Alamos, notre belle Nature est dans nos poubelles, nos "amis les animaux" finissent dans quelque chose qui ressemble à des chambres à gaz, nos chers enfants sont voué(e)s au ridicule de la consommation de masse, des mamies penchées sur les yaourts,  des pédagophiles  déodorant(e)s. L'industrie de l'Amour recrute des suceurs( euses) de bites, explorateurs(trices)de trous et répétiteurs(trices) de pénétrations neuves et tontes de gazon ... Les jours ordinaires de l'infortunée Justine gagnent les banlieues... Plus besoin d'aristocrates pour enseigner les vanités, saisir la Fortune par les cheveux, essayer de ne pas mourir... Encore très peu de temps pour ne pas se dégoûter de l'Omega de l'humanité, de son cousinage avec le Créateur... Quelques années à peine pour se retourner vers l'Alpha des fleurs, forêts et bêtes courageuses qui n'attendent ni la vie ni le salut, les suivre au printemps et à l'automne, mettre au monde et disparaître... 

Il sera trop tard pour dix milliards de retardataires et de cervelles orphelines  quand les plus savants reproduiront des roses et des hommes dans des laboratoires secrets, sur une planète neuve et lointaine... 





MAISONS CLOSES ....




...........................Virgile conduisit le poète dans un lieu déserté par les bêtes, planté d'arbres tordus. A côté d'une roche noire un pan de mur tenait encore, troué par une porte de pierre. Il y avait au-dessus de cette porte un texte à demi rongé. Dante vit descendre un escalier aux marches creusées par d'innombrables visiteurs. L'inscription disait:
" Par moi on va dans la cité dolente
Par moi on va dans l'éternelle douleur,
Par moi on va parmi la gent perdue.
Justice a mû mon sublime artisan,
Puissance divine m'a faite,
Et la haute sagesse et le premier amour.
Avant moi rien n'a jamais été crée qui ne soit éternel,
Et moi je dure éternellement.
Vous qui entrez laissez toute espérance."

Telle semblait au XIIIe siècle l'entrée de l'enfer: un escalier qui descend, un avertissement solennel pour ceux qui ne comprennent pas vite. On voyait encore dans les catéchismes du siècle de Victor Hugo,  des gravures à la Gustave Doré, avec imprimatur et bénédiction du Saint-Siège où les défunts enchaînés par des diables sur un lit de mort, piqués de lances comme l'étaient les bêtes féroces du Colisée, déboulaient dans la terreur sur des chaudrons aux vapeurs acides. Au centre d'une caverne immense une horloge  n'avait qu'une seule aiguille pointée sur "TOUJOURS". Une sarabande vertigineuse de bipèdes noirauds et sadiques livrait aux excès de douleurs des hommes et des femmes nus dont, miracle de la vertu, les sexes étaient cachés par des chevelures dénouées, des nuages, des obstacles providentiels... Au point focal de la perspective un diable plus grand et plus fort que les autres, revêtu des insignes de son empire, jouait Néron sur les remparts de la Ville incendiée...
A sept ou huit ans je me délectais de ce  grand livre à tranche dorée, plus finaud que les images de pin-up livrées dans les chewing-gums. On pouvait en somme passer sans trop de peine du Catéchisme au Marquis de Sade, les deux marchaient en parallèle pour éduquer la conscience à quelques années d'intervalle...

Les cimetières des années 1850-1914 sont remplis de petites maisons closes aux portes d'acier ou de fer, où des prie-dieu vermoulus devant des autels miniatures, parfois des photos ovales, singent l'espérance de la vie éternelle, à peine plus religieux que les banquettes en dur des bordels de Pompeï où furent moulés au plâtre les catins et les clients de service... La mort sous un Volcan, c'est quand même autre chose que les sueurs froides sous l'eau bénite, les "Miserere nobis", les cancers expiatoires des amours ancillaires et les minutes des notaires... On pardonne pourtant à ces bourgeois leur naîveté et ce retour d'enfance qui les fit jouer aux cubes dans leur cimetière. Dommage qu'ils n'aient pas construit plus large, comme les défunts du Caire dont les sépultures sont occupés par des vivants aux femmes fécondes... Leur bondieuserie étroite est artisanale et leurs tombes sont sur mesure, comme l'étaient leurs habits et leurs chaussures. 

Dans un cimetière de Mexico on a retrouvé la momie d'un médecin français des années 1860 et dans le cerceuil son costume , sa redingote, son gilet, sa montre avec sa chaîne... Dans un coin  sa sacoche... Aux pieds, de solides godillots à semelle cloutée s'étaient ouverts comme des mâchoires de crocodile, lacés serrés... En voilà un qui n'en finissait toujours pas de faire sa guerre à la peste et au choléra... originaire paraît-il de Montpellier et sans doute embarqué là-bas sur le bateau de Maximilien... De la même race que les montreurs d'ours des Pyrénées qui campaient avec les chercheurs d'or, en Californie. Ils s'arrangeaient avec la mort en se payant la conquête du monde sans pénicilline ni vaccins... Telle n'est plus l'ambiance de nos cimetières voués aux remords de masse et à de pénibles pressentiments....





6.11.2013

PARLER D'AMOUR .... RUSES DE L'HISTOIRE.





"Redites-moi des choses tendres.... Tout ce beau discours.... Mon coeur n'est pas las de l'entendre...." Ce fut une rengaine célèbre de l'Occupation. Romantisme, douceur féminine, femmes au foyer .... De l'autre côté du Rhin deux millions de prisonniers fermaient leurs yeux sur des lettres d'amour, pensaient à la France et au Maréchal....
Ce ne sont pas les menteurs qui mentent. Les peuples sont bien plus rusés que les hommes et les femmes qu'ils chargent de s'occuper des affaires. Ceux-ci portent le poids du monde sur le dos jusqu'à ce que des "hasards" de l'Histoire les poussent à la trappe. Les pauvres et les riches les voient disparaître sans grande émotion puis se chamaillent quelques temps pour se trouver de nouveaux guignols. La sarabande recommence . Les marionnettes font trois tours et s'en vont. On y ajoute de la musique, des flots de paroles et des apparitions... Aux entractes des prestidigitateurs sortent des lapins de leur chapeau et des fakirs prédisent l'avenir.
A l'époque de notre chanson les Français travaillaient aux lendemains d'une étrange manière. Ils s'occupaient de leur corps. Pendant qu'une minorité de crétins récitait par coeur les discours du héros de Verdun, qu'une minorité de sacrifiés faisait du renseignement ou du sabotage, les autres se donnaient à coeur-joie des plaisirs nouveaux. Les pères, les oncles, les maris, les frères et les fiancés qui avaient perdu leurs fusils et leurs bretelles sur les champs de bataille se trouvaient loin des yeux et des coeurs, guerriers foutus et méprisés, tout juste bons à la pitié et à l'oubli. Jamais on ne dansa autant que dans cette France sans hommes, jamais pannes d'électricité ne furent plus généreuses en amours irrégulières et copulations furtives... Les bombes, c'est bien connu, redonnent à l'espèce le goût de vivre... Tant de frénésies finirent par payer. Les naissances furent nombreuses à partir de 1942. Après 150 ans de coïts interrompus, La France débarrassée de ses "sages" conçut 200 000 franco-allemands et bien plus de franco-français... à deux ans de la fin de la guerre il naissait plus de bébés qu'en 1937 dans un pays où on avait faim, dont les jeunes hommes travaillaient en Allemagne... Libération des sexes, des corps... On se promène en short... On bronze... On swingue... les trois quarts de la jeunesse débarrassée de ses pères en faillite. Telle fut la Résistance véritable d'un peuple, fort peu communiste et gaulliste... Les puritains, les évêques, les fascistes n'en pouvant mais.
Demain, il y aura aussi des chansons. La chose publique ne passionne plus guère et les Cassandre se plaignent des individualistes qui s'en mettent plein la lampe et plein les poches. Or, pendant que les riches s'enrichissent grâce aux petits soins des juristes, banquiers et faiseurs d'opinion, les pauvres sont très occupés. D'abord ils s'empiffrent de viandes, sucres et corps gras, entassent les colorants, les conservateurs et les édulcorants... Jamais au royaume de France et de Navarre on ne vit des pauvres si gros... Ils changent aussi de couleur : aux trognes rouges et aux nez fleuris succèdent les teints basanés et les barbes noires ... Leur voix n'est plus la même et l'accent des faubourgs n'est plus ce qu'il était. Imaginons Arletty en beurette près du canal saint-Martin, Jouvet en Kadhafi ... Là n'est pas la question. Nous ne sommes ni en avant-guerre ni en drôle de guerre, mais, aussi vrai que les ouvreuses ramassaient 50 petites culottes tous les soirs au Gaumont-Palace des années quarante, nos pauvres et quelques moins pauvres se tapent du porno, de la baise à outrance et de l'expérimentation charnelle tous les jours que Dieu fait. Beaucoup labourent leurs champs sous les niqab, les burka et les boubous , encouragés par l'industrie des chairs fraîches dont les salades de pixels et de poils de cul libèrent les imaginations. Les connexions haut-débit font passer le temps des sexophiles pour pas cher. Jamais il n'y eut tant de réverbères pour tant de rencontres. Les campagnes sont aussi remuées que les villes et le dernier des ados sait trouver les infos utiles à qui veut se lancer dans la vie... Cette frénésie de visions, tripotages, léchages, secousses et sucions s'accompagne d'une fécondité presque normale en dépit des injonctions malthusiennes et des acharnements sur les foetus. Bien mieux, celles et ceux qui jusque là se cantonnaient dans la marge, lesbiennes et homosexuels, veulent des épousailles et des marmots. Les voies du Seigneur sont impénétrables... A Vichy, dans le gouffre apparent de toutes les négations, notre pays se faisait un avenir sous les ceintures en chantant "Je suis seule ce soir..." . Il se pourrait que les poubelles des banlieues flambent pour quelques regains de virilité, que la bête reprenne du poil dans les maternités et que les mots abrutis de la Liberté se débarrassent du sexe des anges et du Parkinson des politiques. L'Histoire sans surprises est celle des morts. Et que vivent les roses!...

PHOTOGRAPHIER EN NOIR ....








Vous arrive-t-il encore de photographier en noir ? 
De résumer votre affaire en ramenant les choses à une calligraphie heureuse. Comment dire aux ignorants du livre et du papier que l'encre pèse un certain poids de lumière et que le rose cochon des videos coquines manque absolument d'ombre, voué à l'obscénité, comme le sont les verts épinard des photos de voyage, les rouges de corridas et les jaunes Maserati?... Les stars des tapis rouges, aux bustes gonflés de silicones et ronds comme des jaunes d'oeufs ont les couleurs relookées du politiquement correct. Les chairs pastellisées des présentateurs de merde, le rayonnement vert ou bleu des yaourts et le rayon caramel des céréales qui facilitent le transit... 
Tels sont les bandeaux de nos arc-en-ciels de civilisés. Couleurs droguées pour drogués de la couleur, la Peinture devenant difficile dans les musées, causant des migraines aux néo-daltoniens insensibles aux gris et aux nuances. La vision raffinée est vision de passages entre les pôles, comme la musique faite de silences et de respirations. Ceci dit, il n'y a pas d'image de la Vérité, ni en noir, ni en couleur.
A Redon, 10 000 habitants, les gendarmes ont interpellé 242 drogués.


6.08.2013

LE TEMPS ....


Industar 50-2, Pentax k10D  
     
  Le Temps passe, amoureux de rien, parfois tué par la cigarette.... Qu'en faisons-nous? Ce que nous savons faire depuis que nous avons appris à casser les cailloux en deux ... Nous croissons et nous multiplions pour le meilleur et pour le pire... Nous ne savons jamais ce qui nous attend et nous savons rarement de quelle cuisse de l'Olympe nous sommes sortis. Aux alentours de la mort de Louis XVI chacun s'est dit qu'il valait quelque chose, qu'il avait dans la tête de quoi refaire le monde , qu'il suffisait de trancher tout ce qui dépasse pour que la société nage dans le bonheur... On se souvient que la Place de la Concorde débordait de sang frais et de sang caillé, puait la charogne, que la machine à "élargir" couchait les corps sur une planche à bascule et qu'entre deux ou trois battements de paupières les inégalités tombaient dans un panier... Non sans honte puisque le bourreau gifla Charlotte Corday, séparée de son tronc, et que la malheureuse rougit encore des deux joues avant de s'éteindre complètement... Ainsi moururent des têtes humaines, disparaissant des représentations, cédant le passage à la fièvre des ego. Puis vinrent au monde les zombies des romans fantastiques , les morts-vivants, les belles de cimetières caressées par de pauvres moines ou des amants cinglés de 1830, toutes préfigurations des esclaves de la mine, de la filature et de la finance... L'homme devenant carcasse, corps sans tête et tête sans corps, le citoyen enclos dans l'individu, artiste sans Apollon, poussé dans les cordes par les microbes, vaccins, éprouvettes de mille sortes plus performantes que les cornues d'alchimistes ... Il fallut s'aimer, se comprendre, faire marcher les balances... Dans les rêves les dieux ne rendaient plus visite. Les diables, jadis cadenassés aux enfers, jouèrent de la lanterne magique et du frisson, reléguèrent les âmes dans les réserves du Far-West... les progrès de l'Inconscient suivirent ceux de la mitrailleuse et puisque un seul doigt suffisait sur la gâchette, tout possesseur de main put ravager des enfilades de paysans, tout malade put presser son jus, exprimer du moi à la mesure de ses indigestions scolaires, construire ses chambres à gaz... l'homme simple fut accoucheur de fulgurances, l'érection de cinq heures du  matin fut prétexte à métaphores, les reins de pucelles à métamorphoses de l'absolu, voyages dans l'espace et divinisations du poil... Passé le cap du chacun pour soi, vient celui du délire explicatif, du renversement de la perception... Car les hommes sans tête ne voient que ce qu'ils tripotent, se fuient comme jamais rivaux se détestèrent, rêvent d'enculades plus géantes qu'au siège de Troie, devenus quadrupèdes et fourmis du libre-échange, inlassables fourbisseurs d'inédits, sculpteurs de crottes et propriétaires des droits à l'orgasme... L'Art est devenu l'affaire des incapables de sciences, maladif, convulsif, malin, résigné aux cuisines sociales, additifs, colorants, caresses et horions... aux manies des obsédés de présent, dépossédés de mémoire et voleurs de lendemains... Dans ce monde où l'état est une ombre, le peuple une chimère, la révolution un truc en plumes, les foules se manoeuvrent comme bancs de sardines où les désirs de chacune sont les désirs des autres... Il y aura pourtant des anfractuosités, des cachettes, des lieux invisibles où les hommes en prendront pour leur grade, où de nouvelles apparitions serviront à d'autres mythologies, où le bonheur sera d'être heureux comme Ulysse, soumis aux caprices des vents puis rentré au port après un long voyage...





  

EN JUIN ....



 Les pivoines


 éclosent et se précipitent, ne durent pas, fatiguent au vent. Ce sont les fleurs de la fin du printemps quand les lumières sont encore acides et les couleurs plus froides. En noir elles ont davantage de matière et de volume qu'en plein air, solides dans l'espace et courageuses dans le naufrage... Sans parfum, peu visitées rutilantes ou virginales ... Invendables coupées, fanées dans les heures qui suivent leur séparation d'avec la terre, inamicales aux poètes ... En somme, jamais tropicales, plus libres que les roses et débarrassées du fardeau des métaphores. Un amour de fleur.































NOUVEAUX SAINTS ....







La transparence de l'air ou de l'eau permet en principe une vision des lointains ou des profondeurs. Les devins, devineresses, oracles, voyants, tireuses de cartes, marabouts, sorciers, prophètes et druidesses voient à travers les gens et les choses. Des montagnes de données autorisent les futurologues à dire le présent du futur. Enfin tout sera parfait quand  les oeuvres et les hommes seront transparents. La démocratie se chauffe au soleil, avec des orateurs absolument clairs, des citoyens ardents à dissiper les malentendus, des lois connues par coeur et respectées de tous.  Dans les familles  le bonheur est évidemment la conséquence de la disparition des ombres et  en amour le silence ne mène qu'aux drames. La vie heureuse,  repérable jusqu'aux détails infimes, tel est le programme des saintetés modernes. Plus besoin d'avoir des ailes dans le dos pour faire des miracles, soyez du cristal, laissez vous traverser par les regards affectueux, faites une dinde rôtie de votre inconscient et servez le sur la table de la communication. Quand vous boirez  le nectar de Vérité, faites que votre bol alimentaire se voie de votre gueule ouverte à votre pylore, qu'on le suive dans les méandres de votre tube digestif, qu'on devine ses restes près de votre rectum, qu'on puisse à la couleur de vos selles dire si vous étiez homme de bien ou citoyen de troisième zone...
 
Rien n'est plus fou que le savoir définitif, les aveux parfaits, ou l'Axe du Bien... Il faut être cinglé pour chercher à vivre en totale connaissance d'autrui, de soi et du monde... refuser toute lacune, toute espèce de confiance et de risque sous peine d'excommunications et de liquidations. Vouloir de l'amour, passe encore, mais réclamer des preuves et des certificats d'authenticité à chaque tour d'horloge et au moindre bruit, c'est vivre dans un tombeau, comme phraraon ou vizir, entouré d'écritures magiques et de serviteurs éternels portant d'inusables boissons et des repas clonés. Le brouillard est au moins aussi utile que la sagesse dont les anciens disaient qu'elle n'a qu'un oeil. La vérité campe entre les lignes des livres, sous les tableaux, flotte dans des plans fugitifs où tiraillent les contraires, insaisissable comme l'écume des vagues. Les passions ne pardonnent qu'à elles-mêmes et la mort en fait son affaire.
On peut voir dans l'Atlantique, au large d'Essaouira (Agadir) quelques étranges quadrilatères gravés sur l'écorce terrestre, celui-ci grand comme la Bretagne, invisible de près puisque gigantesque, retransmis par satellite via Google earth... Il ressemble au plan de quelque monastère carolingien, au tracé d'une ville antique... Mais une ville antique de 150 km de large c'est bizarre, même si on imagine la grande cité des Atlantes, engloutie au large des colonnes d'Hercule ( Platon ). La géologie ne nous a pas habitués aux plans en damier, creusés de fossés rectilignes larges comme le val de Loire. Objet sous-marin non identifié. Il ne manquera pas de fous pour dire qu'il s'agit des portes de l'Enfer ni de savants exégètes pour signaler que telle est la marque du Tout-Puissant sur sa créature.





6.05.2013

IL Y EN A QUI DISENT QUE CE FUT A CAUSE DU DIABLE ....




On dit qu'en ce temps-là, celui de Saturne, c'était l'âge d'or. Les hommes n'avaient qu'à tendre la main pour satisfaire leur gourmandise. Ils s'occupaient de contemplation... La Terre débordait de fleurs, de lait et de miel. Entre les hommes et les bêtes on se parlait souvent. Personne ne s'étonnait des différences.
Un jour cette paix a fui le Monde. Il y en a qui disent que ce fut à cause du Diable. Il aurait énervé les femmes et suggéré aux hommes d'autres plaisirs que le spectacle du ciel. Je n'en sais rien. Mais je connais quelques secrets tenus de génération en génération par des animaux intelligents qui parlent à qui sait les entendre. Ce cheval descend d'une famille venue d'Asie à l'époque des Huns. Ce boeuf a des ancêtres du côté de la Dordogne. Un jour que je passais à côté, je leur ai demandé pour rire la permission de les photographier. Une étrange lueur leur vint aux yeux et, à ma plus grande surprise, ils se mirent à chuchoter.... " Nous sommes de bons herbivores... nous n'ennuyons personne... la compagnie nous plaît... êtes-vous un ami?..." Je sentais des frissons dans mon dos... J'avais entendu bien des choses sur les bêtes, j'avais lu les aventures du Capitaine Corcoran, je leur faisais confiance. Je ne pris pas le temps de réfléchir. Je répondis que je les trouvais sympathiques et que je vivais à la campagne pour me défatiguer des gens. Le boeuf parlait peu, ruminait beaucoup. "Hmm... Hmm !". Le cheval était plus vif, remuait ses crins, ses lèvres et ses oreilles. " Nous savons presque tout ce qui se passe. Les oiseaux nous racontent des tas de choses. Une mouette m'a dit qu'il y a plus à manger près des villes qu'au bord de mer. Elle connait des Goëlands qui chassent les chats sur les toits du Havre. Il passe par ici des rats qui vont de ville en ville. Ils n'osent plus se cacher dans les cages d'escaliers parce que des chômeurs les attrappent et les font rôtir. Une oie qui remontait d'Afrique a vu des renards se promener sur les Champs-Elysées, elle m'a juré que les loups ne tarderaient pas à en faire autant. Mais ce sont les hirondelles les mieux informées..." J'ouvris de grands yeux, relevai les sourcils. "Voyez-vous, nous ne disons rien parce que nous sommes tristes. Les hommes sont de plus en plus nombreux. Ils font déborder toutes les poubelles. Il paraît que les albatros avalent par erreur des cartouches d'imprimantes et les dauphins des couches culottes... Ici les chiens sont mal élevés. En ville des enfants croient que les nouilles et les frites poussent en pleine terre, les grands portent des cagoules avec des trucs sur les oreilles, ils passent des heures à se dandiner comme des canards et se racontent des histoires qui tiennent dans des mouchoirs de poche. Il y a des odeurs bizarres . Avant-hier un type est passé en face avec un tracteur et des bonbonnes. Il s'est arrêté un moment, il était pâle et toussait d'une mauvaise toux. Quand il est parti j'ai vu des milliers de vers qui sortaient de terre et qui traversaient le chemin pour passer chez nous. Des taupes se sont sauvées en courant. Un lièvre s'est avancé de quelques mètres et a fait des bonds prodigieux. Les escargots crèvent en bordure. Il se passe des choses terribles dans les bâtiments que vous voyez derrière moi et qui sentent si mauvais. On élève des cochons à la bretonne. Des types les coincent dans des cages, les forcent à bouffer des merdes aux antibiotiques et les enculent avec des seringues... tous les trois mois des camions viennent les prendre et on en entend plus parler. Plus loin ils concentrent des poules sur des étagères en fer... une chauve-souris dit qu'elles vivent dans la pénombre et pondent sans arrêt, coincées sur 10 cm2 de ferraille... Qu'elles ne peuvent pas se retourner, que des types qui portent des masques leur coupent un morceau du bec pour éviter qu'elles se blessent entre voisines... Que tous les matins les types au masque passent ramasser les cadavres de celles qui ont crevé dans la nuit... Qu'elles avalent de force des farines qui sentent la viande pourrie et des granulés qui font changer la couleur des oeufs..." Le pauvre cheval reprit sa respiration. Le boeuf rumina un peu plus:" Hmmm... Hmmm ... Pour sûr que c'est vrai... J'en ai vu qui jouaient au foot avec les porcelets crevés..." 
Je baissais la tête. Les temps sont durs pour les âmes... Comment leur dire à ces deux là que nous déraillons depuis qu'un salaud de Genève nous jura que nous étions bons de naissance, depuis qu'un salaud d'anglais nous promit le bonheur grâce aux progrès de l'égoïsme, qu'un taré de Républicain lança la conquête de l'Afrique pour faire oublier la perte de l'alsace, qu'une bande de paranos Moscovites fit table rase du passé, que des bateleurs en chemises foncées promirent aux cons qu'ils seraient forts et depuis que Dieu protège le Dollar et la Terre Promise sur les océans du monde... Finalement nous puons la crasse, le surnombre et le renfermé comme si dix millards de cervelles montées sur deux jambes n'étaient capables in fine que de camps de concentration. Au Spitzberg on termine la construction d'une Arche pour les plantes.
Sur Mars on mesure les quantités d'eau. Ailleurs les innocents croient encore que le Soleil est à tout le monde.



OPTIMISME ....








La Jeunesse ne rend pas moins aveugle que le grand âge. Entre les brumes de mars et celles de novembre on ne voit pas mieux le printemps que l'automne.  Dans le brouillard l'horizon est tellement flou qu'on va d'un seul coup du bout de son nez aux autres galaxies. Les poètes et les philosophes  s'en réjouissent, qui ne sont bien  qu'avec le vertige sur des chemins qui ne mènent nulle part. Les  petits enfants sont-ils  optimistes quand ils ouvrent de grands yeux? Quand ils se cognent au pied d'une table, apprenant à marcher, ils ne savent pas s'il s'agit d'un accident ou d'une chatouille. Alors ils choisissent de rire ou de pleurer devant ce premier signe du destin. Nous qui voyons à peine le temps qu'il va faire, qui passons tous les jours l'heure exacte de notre mort, qui perdons nos amis et nos amours sans le vouloir, qui passons forcément des cadavres aux statues, peintures et photographies, nous qui cherchons des raisons d'aimer les mots et les gestes, aurons-nous le courage de plonger dans la brume  et de vivre stupéfaits?  
Car l'optimiste n'est ravi de rien, connaît toutes les stations du chemin de croix.  Il sait que dans les nuages blancs, des avions ont explosé sur des pentes blanches, furent couverts par les avalanches... Ainsi des valises diplomatiques et des vertèbres vont avec les glaciers jusqu'aux moraines frontales. 
Mais puisqu'il faut voler, naviguer, passer de siècle en siècle d'un ventre à un autre et ramener de ces aventures quelques mots de plus, quelques images  et quelques signes pour savoir que l'on ne sait pas grand chose, il choisit de rire quand l'homme se cogne et de le siffler quand il gémit sur son sort.
 
 
 

 
 

    

LES LIEVRES ET LES TORTUES ....







Dans le bestiaire de nos futilités les lièvres ne sont pas moins intéressants que les tortues.
Ne nous plaignons pas, nous aurions dû mille fois disparaître à cause de nos précipitations ou de nos lenteurs.
Pour se venger des puissants les modestes disent que le hasard fait bien les choses. Il se pourrait que le Hasard soit Dieu et la Raison fille du Diable. Parce qu'enfin chaque fois que nous avons été plus loin dans nos voyages et dans la réussite de nos travaux, c'est en sachant lire, écrire et compter. Les ingénieurs de Rome et d'Alexandrie furent aussi malins que les comptables de Louis XIV et les fondeurs de canons des Habsbourg... Ceux là n'étaient pas moins rusés que l'invention des moteurs à pétrole et des jeux video... L'intelligence des hommes n'est plus à prouver, mais le monde n'est guère plus habitable qu'au temps où les bêtes parlaient... Nous sommes dix milliards et nous vivons trois fois plus longtemps... Nos poèmes sont-ils plus beaux ?... Les nuages qui passent sur nos têtes suivent de mauvais vents, nous arrosent de tristes nouvelles à propos des mers, des fleuves, des forêts et des montagnes... Nous sommes devenus la lèpre de la Vie. Nous avançons masqués pour cacher notre contagion, oublier un peu que nous sommes perdus d'orgueil et puants de suffisance... Toujours plus à l'aise dans nos odeurs et nos organes, inquiets de nos épidermes et tourmentés de copulation, déshabitués du partage, de la gratitude, de l'empathie pure et simple, nous tuons l'air, les sols, les végétaux et les espèces ... Nous ne méritons guère de vivre depuis longtemps, mais nous n'avons pas le courage de nous planter nos poignards dans nos gorges et de nous taire.
Nous attendrons jusqu'au bout que le Hasard nous aide à mourir puis comme Néron, l'assassin de sa mère, nous dirons avant le râle "Quel Artiste périt !..."

5.27.2013

LES MOUCHES SAVANTES .....

 









Les mouches ne se font pas de souci parce que plus les hommes sont nombreux, plus il y a de mouches... On ne sait pas exactement ce qui les attire. " Je voudrais être mouche pour savoir ce qu'ils se racontent..." Cette expression reprise par des gens sérieux  montre que la mouche prêterait volontiers des ailes et des cuisses à des apprentis détectives. Dans le grand monde de la communication les progrès de la science feront sûrement qu'il y aura  des drones en forme de drosophiles,  qui se poseront au bord des tables de restaurant ou sur les mollets des baigneuses. Ces drones seraient plus efficaces que leurs modèles, car ceux qui enculent les mouches risqueraient d'en abuser... Alors qu'avec les drones, quelques instructions logicielles les feraient décoller  avant l'irréparable  et se poser un peu plus loin, sans perte de mémoire.
Qui veut connaître l'extrême fond de l'être humain pourra se procurer les flots de paroles qui s'échangent sous les parasols et devant les apéritifs. On saura ce que disent ceux qui vendent des frigos aux esquimos ou des belles-filles à des belles-mères en suçant des pattes de tourteaux.  Les affaires des hommes d'affaires gagneront de la transparence et on saura pourquoi les gens de l'humanitaire consomment des huîtres et du muscadet. Les drones passeront sous les tables et pourront épier qui fait des pieds et des mains, analyser des phéromones, repartir au-dessus des plats pour capter quelques postillons au fil des  échanges. La totalité du processus communicationnel sera dominée. 

 Lorsque les données fournies seront à l'échelle des 100% d'évènements, que les staffs d'informaticiens traiteront en temps réel la complétude de la communication mondiale, il ne sera plus possible de se moquer du monde car les symboles auront disparu. Toutes les poupées auront un sexe. Les instants succèderont aux instants. Le temps aura en permanence de la valeur, on sera dans l'achat et la vente, sans âme, sans Dieu, sans connaître ni ses besoins ni son image réels, sans rien voir au second degré, sirotant la vie comme on tire sur la paille d'un coktail choisi sur une carte, n'ayant plus de personne à construire ou à défendre. Cette  transparence du Monde, son abondance concrète ou virtuelle, cette "démocratie" poussée à bout,  nous épargneront les drames et les tragédies d'autrefois, nous feront les joueurs inlassables d'un jeu interminable... Mais avant de sombrer dans cet alzheimer, s'il nous reste un peu de goût pour la conscience et le mal, nous devons fuir comme la peste les Moïse du Bonheur, réinventer la survie, la solitude, la douleur, le temps démesuré, l'absence de miroirs et d'affiches, nous garder du pour ou du contre quoi que ce soit, fuir  " l'Art " et les " Objets " copains comme cochons. Car nous crèverions comme des mouches sur la "Terre Promise" de la Publicité, dans les vitrines de la Consommation, déboussolés par les joueurs de flûte comme le furent les enfants et les rats.

DANS LES NUAGES ...



J'ai souvent la tête dans les nuages. Ils me consolent de ne pas voler. Ils sont indifférents, passent au-dessus des toits en se déliant, suivent les vents mauvais ou précèdent le soleil... Leur monde est moins lourd que chez nous, varie à l'infini entre de bons signes et des colères. C'est de leur côté que mes ancêtres roulaient les yeux au moment des choses sérieuses, armés sur un champ de bataille ou craignant la grêle. Les ciels gris  conviennent aux  chrysanthèmes,  feuilles mortes et ornières.  Ciels de funérailles menées jadis par des curés en prières  avec cheval et corbillard. Cortèges d'héritiers, chapeaux baissés face au vent, mains serrées, coeurs tenaillés de vaches , de labours et d'herbages... Cortèges de poètes, de peintres, d'amies en larmes et d'étudiants, chevaux blancs ou pommelés n'ayant jamais connu la vitesse, voitures grises et noires des pompes funèbres qui vous mènent droit à la cave pour oublier...
Les ciels de la vie ont des nuages, ils prolongent les frondaisons, suivent les courbes des collines, reprennent en choeur comme dans un Cézanne  les directions de branches et les toitures, font des volutes avec les désirs et les angoisses d'en bas. Il pleut dans mon coeur comme il pleut sur la ville. Tels sont les vers des amateurs d'espace et spécialistes de l'âme. Il y en a pour tous les goûts. Nuages des Andes où tournoyèrent comme les condors des avions de toile cherchant un col. Nuages de l'Ouest, à cent mètres d'altitude, sentant la mer, arrosant les jardins et les terres que les vents d'est dessèchent en trois jours . Nuages du Sud  portant l'orage en Forez. Dans ma campagne, comme dans ma vie, il fait beau p
lusieurs fois par jour.




PLOMBERIES BIOLOGIQUES .....


S'ils lèvent les yeux, s'ils recouvrent la vue quelques secondes avant de retourner au feu, d'avoir le foie rongé par des becs, les reclus et les torturés verront ce qu'ils ont détruit pour une place au soleil. Il y avait des eaux, de l'air et d'incessantes distributions de chairs. Au début n'étaient que les bêtes et les fleurs, à l'aise avec les chromosomes. Personne n'était gentil, nul n'était méchant. Il n'y avait pas de juges. Il n'y avait ni couronnes ni royaumes. Les vies allaient à leur terme au gré des circonstances et chacun multipliait ses cellules sans souci du lendemain, car il n'y avait jamais de lendemain, seulement d'autres jours. Au commencement, on se coupait en deux et chaque moitié remuait jusqu'à sa division et ainsi de suite...Le plus étonnant fut qu'un jour ces morceaux restèrent agglutinés au lieu de tenter de grandes aventures et que par des hasards tortueux on se construisit des organes , on se donna des appendices, des poils, des tubes, des entrées , des sorties... D'autres prirent des tiges après s'être échoués sur des plages, puis montèrent en graines que le vent et les eaux repiquaient plus loin. Ceux qui avaient des queues et des pattes, qui remuaient davantage dans l'oxygène, devinrent amphibies puis il y en eut qui grimpèrent aux arbres et jetèrent un oeil sur les fleurs. De fil en aiguille les minuscules et les géants se répartirent les nuits et les jours, ceux qui manquaient de place sur les branches se laissèrent pousser des ailes... Pour simplifier les hommes se sont raconté de pieux mensonges, disant que toute cette affaire n'avait pris que sept jours, qu'un vieillard à barbe blanche en était l'unique responsable. Ils lui donnèrent des noms à coucher dehors, du genre Iaweh, Allah, Dieu le Père etc....







Leurs pauvres cervelles sujettes à l'angoisse ne supportaient que des explications simplettes où on jouait au papa et à la maman... Ils se gardaient bien d'interroger les animaux et les plantes... Ils serraient les fesses en traversant les forêts et les marécages, avaient horreur des moustiques et ne pensaient qu'à deux choses : le cul de leurs femelles et leur creux à l'estomac. Comment voulez-vous que de pareils égoïstes soient utiles à qui que ce soit? Ils avaient failli disparaître mille fois sous des inondations et des éruptions de volcans, le tonnerre les faisait sursauter, les arcs-en ciel les rendaient fous , ils n'avaient pas de poils aux pattes et se faisaient piquer par les vipères quand ils marchaient dessus. C'étaient des proies faciles qui devaient s'accroupir au bord des points d'eau, qui ne couraient pas vite et se disputaient du matin au soir. Ils avaient des problèmes pour se reproduire. Les femelles avaient besoin de petits malins ou de gros bras pour se sentir en sécurité. Leurs ondulations et leurs grâces à l'âge nubile attiraient les mâles. Ceux-ci se battaient en permanence. Les vieux faisaient battre les jeunes entre eux pendant qu'ils se tapaient des filles ou des garçons tout juste pubères, les jeunes ruminaient des assassinats de barbes grises entre deux visions de gros seins, les femelles se jalousaient comme des teignes, les progénitures des uns et des autres se mordaient ou se poussaient dans les orties. Ces dérivés de primates cumulaient tous les défauts des autres espèces et pendant longtemps nulle chouette n'aurait parié sur leur compte. 




Personne ne sait ce qui s'est passé. A force de casser des cailloux, de peler les poux, de s'étriper et de copuler sans cesse, ils devinrent habiles et méfiants. Ils accumulaient des images à profusion sous leur crâne et leurs cris ressemblaient à des paroles... Quelques naissances produisaient des individus moins vulnérables, plus intelligents et plus attentifs à leurs souvenirs. En quelques générations le nombre des imbéciles chuta aux trois quarts puis fut stabilisé. Les malins se gardèrent de les exterminer car ils avaient compris qu'ils avaient besoin d'eux pour les tâches pénibles. Ils avaient aussi remarqué que les femelles apprenaient trop vite ou trop bien et ils s'arrangèrent pour que restent suffisamment d'idiotes. Ils leur contèrent des fariboles en organisant des concours de beauté, en engrossant les naïves chaque fois qu'ils pouvaient, puis ils les autorisèrent à parler de conneries autant de fois qu'elles voulaient. On calma les vieillards en décrétant qu'ils étaient sages et on ne les écouta plus. On battit les enfants qui ne voulaient pas de leur soupe et on raconta des histoires d'ogres et de loups pour qu'ils se tiennent tranquilles. Des groupes de plus en plus nombreux réussirent à vivre ensemble et pour se donner de l'allure, ils se donnèrent des dieux. Des spécialistes s'occupaient des offrandes, inventaient des généalogies et des prières, faisaient pendre les sceptiques... Quand tout allait bien, on remerciait les dieux et on leur portait des viandes et du miel. Les malins s'aperçurent assez tôt que les spécialistes se remplissaient les poches et profitaient de ces viandes et de ce miel pour s'offrir du supplément de femelles et fabriquer profusion de futurs spécialistes qui apprenaient à lire, écrire et compter. Un jour il fallut se rendre à l'évidence , les dieux étaient roublards. Les hommes forts qui portaient des casques et des cuirasses, passèrent alors des épées dans quelques ventres de scribes et de prêtres et construisirent à côté des temples des palais pour cacher de l'or, des grains, des esclaves ou des harems. Ils laissaient les villes pousser autour d'eux, ils élevaient des remparts sous prétexte de les protéger. Il y eut autour de Babylone des lions et des éléphants. Les rois et les prêtres creusèrent des canaux pour maîtriser les fleuves. Sur des tablettes d'argile furent notées les entrées et les sorties de bétail, de céréales, de vin et d'huile ... Les quantités de serviteurs et de contribuables. 

 
Mais le monde s'épuise quand il est immobile. C'est un mystère. Pour comprendre ce qu'il est, les prières sont inutiles... Il faut se faire tout petit et passer partout, se condamner à l'exacte mesure des choses, aller aux mathématiques, fuir la magie. Il faut connaître et mesurer les effets de la gravitation universelle pour prendre du poids dans sa tête... aller vers l'ouest pour trouver un continent, faire pousser des haricots pour tomber sur les lois de l'hérédité... Ce que nous tenons des grecs ne fut pas mis en conserves... Devant les cadavres , certains n'ont pas tourné la tête, les ont posés sur une table de dissection, les ont ouverts , démembrés et fouillés, les ont mués en "anatomies"... Des lentilles nous avons fait des télescopes, des gouttes d'eau des microscopes... Nous avons compris que les foules étaient vides et que des hommes seuls pouvaient déranger la mort... A quoi bon faire tourner les peuples autour d'une pierre noire tombée du ciel? Pourquoi rassembler des pèlerins autour des tombeaux, dresser des croix à tous les carrefours ? ... Consulter les oracles ?... Faire des billets de banque où l'on écrit sa confiance en Dieu ? ... Quel extra-terrestre aurait ordonné de battre les femmes, de piller les mers et dorer les coupoles ? De proclamer la déchéance des animaux et la gloire des cow-boys? ...
Il fallait aux enflures de ce monde des flatteries à distribuer aux minables. Les pauvres ont le menton qui tremble et la larme à l'oeil quand ils apprennent qu'ils sont enfants de Dieu, peuple élu ou autres bricoles... Que sur les nuages et dans des jardins extrêmes des séraphins androgynes, des vierges peu farouches et des boissons délectables les attendent pour l'éternité... Qu'ils seront récompensés d'avoir supporté pétasses et maquereaux, d'avoir engendré des perroquets... Mais de toutes les flatteries, la plus dégueulasse, celle qui remplit le mieux les oreilles, consiste à montrer les bêtes du doigt et à dire que tout crétin qui se respecte est bourré d'une âme immortelle, que chaque fois qu'il parle, il se propulse à des années-lumière de ce monde animal et prouve qu'il n'est pas un tuyau à faire de la merde.
Chambrés par de beaux parleurs et des penseurs maladifs, des millions de tuyaux furent persuadés qu'à une de leurs extrémités, celle de l'alimentation et de la cervelle, ils pouvaient acquérir de l'instruction et donner des ordres pour que tout fonctionne à merveille, que le Bonheur remplisse les coffres des banques et des chaumières, que les méchants demandent pardon des offenses, que des égaux se partagent la Terre, que les meilleurs soient récompensés qu'ils soient admirés par les vilains... Tant de bonnes volontés méritèrent le vingtième siècle : saccage des hommes, des ressources, des coeurs, des cultures et de tous êtres vivants... Triomphe des primates supérieurs, bientôt dix milliards de tuyaux au service d'eux-mêmes, allumeurs de mèches et poseurs de pétards pour que crève la vie terrestre, que plus jamais rien ne freine leur désir: un monde parfait et cuit.

5.25.2013

VIVRE AU GRAND AIR .....



 
      A  une vieille amie vous avez emprunté une voiture d'un certain âge pour prendre
      l'air au bord de la mer. 
     Vous pensez à ce loulou de Poméranie qu'un certain
      Bressolles de Gaillac déposait tous les ans sur les plages de Sète, immobile
      et aveugle, ayant passé vingt et un hivers, ce qui est une prouesse olympique
      pour un toutou à pépère. Il restait là toute la journée et pendant une semaine
      on le portait et on le posait matin et soir. Vers le dixième jour plus
      personne ne faisait attention à cette portion de peau de bête. Et soudain on le voyait flageôlant, 
      s'orienter comme une girouette le nez vers les vagues et fort inquiet de respirer.
      Puis à peine plus rapide qu'un caméléon, très concentré sur son affaire, il approchait du ressac, se fixait
      là cinq minutes puis , toujours comme une girouette, il faisait aller sa truffe
      du côté des dunes et plaçait deux ou trois fois la patte gauche devant la
      droite, jusqu'à ce que son pépère vienne le prendre dans ses bras et le
      couche au travers d'un coussin en face une soucoupe de lait et de mie de pain.
      Le lendemain il faisait dix mètres et huit jours après il se portait tout
      seul jusqu'à l'écume de mer y trempait une courte langue et revenait sous
      la tente pour goûter un peu de terrine et mordre de  petits morceaux de jambon.
      Il rendit ses maîtres philosophes, car l'usage qu'il faisait des embruns
      et du soleil fut une leçon de sagesse: les corbillards, tout cendrés et
      confortables qu'ils soient, n'emmènent pas voir la mer et mieux vaut
      se porter sur de vieilles jambes que sur des poignées de bronze. De toutes
      les bonnes fortunes , la meilleure consiste à mettre le nez au
      vent du large.


      Les cadavres ne sont pas fréquentables. Il faut les vider de leurs
      entrailles, les tremper dans le natron, les décerveler par les
      narines et les lacer de kilomètres de bandes de lin pour que
      l'air soit respirable. Au Fayoum on posait sur le visage leur
      portrait d'avant la mort et on les rangeait debout, au mur des salles
      à manger, pour qu'ils assistent aux banquets et aux danses. On le sait
      parce que des archéologues subtils se sont aperçus que ces momies
      avaient des moisissures aux pieds, signe du frottement des serpillères aux
      heures de ménage. Vous posez vous aussi vos pères et mères sur les
      cheminées, encadrés d'or ou de nacre, réincarnés en deux dimensions et
      parfois en couleur. Mais les momies ne trompent personne. Au bout
     de trois ou quatre générations, elles encombrent et on les fourre dans
     des caveaux ou des tiroirs. Pas question de
     les planter dans les squares ou de les accrocher aux murailles. Sur les
     cheminées trop de poussière fait passer le chiffon... 
     Il y a  de temps en temps des statues de pierre pour succéder aux hommes. " Parles, mais
     parles donc !..." Michel-Ange en colère jetait  ses outils sur le marbre.
     Pygmalion eut de la chance mais personne n'a dit que sa créature fut
     ravie de prendre chair et de périr comme telle, au lieu de braver les
     intempéries pendant dix générations.

 
     L'Art nous déguise mais notre génie ne nous prolonge pas plus que nos tisanes.Sur les
     chemins que nous avons pris nos empreintes font des zigzags. Nous
     posons des pierres en passant les cols. La brume nous enveloppe et nous n'avons 
     qu'une chance de ne pas mourir idiots : entre les fêtes marcher en silence face au vent.

LE CIEL N'APPARTIENT A PERSONNE ....

Le ciel n'est pas aussi bavard que les textes sacrés. Je me demande
pourquoi on lui fait dire tant de choses. Mes ancêtres craignaient
qu'il tombe sur leurs têtes. Régulièrement de petits prophètes et
quelques grands illuminés décrivent la fin du monde où des morceaux
d'étoiles et de comètes nous massacrent.
La mécanique céleste ne fait pas de bruit mais les prêtres disent qu'elle punit les ivrognes et les
fornicateurs, que nous ne faisons rien de bon depuis le Paradis Terrestre.
Un déluge n'a pas suffi pour noyer nos ordures et la génétique
ne nous a rien appris sur les bons et les méchants. Les anciens disaient
que dans les étoiles étaient les âmes des morts, qu'il y avait de
bonnes et de mauvaises étoiles, qu'il suffisait de les surveiller de
près pour en savoir long sur le lendemain. L'Argent, l'Amour et la
Santé dépendraient des étoiles et des positions de planètes. Cette
théorie parut fumeuse bien avant l'imprimerie, mais par précaution, de
grands démocrates comme François Mitterrand ou de vulgaires dictateurs
comme Staline et Hitler, se renseignèrent sur les
constellations et tâtèrent de la devineresse.




A Wall Street un certain Madoff tira les cartes aux
génies de la finance. Ce génie inspiré levait les yeux au
ciel,  faisait la charité aux quatre coins du globe et plus
encore en Terre Sainte. Mais il suffit d'un grain de sable
dans l'oeil pour que les étoiles ne soient plus tout à fait où elles
devraient être et que la confusion prenne le dessus . Est-il vrai que
les nuages nous cachent des anges et des séraphins qui chantent? Il ne
manque pas d'enfants pour dire que des nuages ressemblent à des anges; j'ai aussi connu des bergères qui ont juré voir le loup dans un cumulo-nimbus. Il en est une qui entendit des voix en gardant ses
moutons , mais les Anglais la brûlèrent à Rouen et Gilles de Rais qui
l'aimait bien ne dit à personne que Saint-Michel fut son confident.
Lamartine,  à l'ombre d'un vieux chêne,
s'asseyait tristement au coucher du Soleil. Il ne vit dans la plaine que le
fantôme de sa bien-aimée... Georges Adamski  publia deux ou
trois best-sellers où il racontait que des Vénusiens posaient le pied
sur le sable du désert et acceptaient d'échanger quelques mots avant de
reprendre la route dans une soucoupe en forme de casque de pompier. Ce
grigou littéraire et génial raconteur d'histoires fit une petite fortune dans les années cinquante,
comme d'autres qui écrivaient sur les mystères des pyramides, les apparitions de
Satan, ou photographiaient le visage du Christ dans un verre de
vinaigrette....Heureuse époque, pas si éloignée des apparitions
de nymphes et des voyages d'Ulysse...
Les vieilles lunes ne reviendront pas. Le ciel n'est pas encombré d'âmes et de divinités.
Des bouts de ferrailles s'y croisent sur 800 km d'épaisseur, des
espions bien de chez nous braquent leurs télescopes sur nos habitudes.
Ils mesurent tout ce qui est mesurable, disent comment nous faisons
notre lit et mesurent notre puanteur. Certains nous braquent des
pistolets sur les tempes, d'autres nous arrosent de musique, d'autres
noient l'atmosphère de paroles incolores et sorcières... On ne sait plus qui fait
quoi dans les paraboles. Le ciel est à tout le monde, comme le droit de propriété... Les anges
du Paradis et de l'Enfer s'y croisent le jour et la nuit. Dieu n'y
reconnaît pas les siens. Allah, Iaweh, la Sainte Trinité jacassent en
même temps... Quelques riches américains s'y promènent en cendres... Je
l'avais connu silencieux et avare entre deux orages, juste habité d'images, propriété de
personne et miroir des âmes.. Dérangé par des étoiles filantes et quelques avions à hélices,
couché en août à la belle étoile, j'attendais des heures qu'il fasse un signe. Je lui parlais à voix basse. Un jour il fit du feu dans les yeux d'une chrétienne de la Place Saint-Jean .....