Rechercher dans ce blog

1.19.2014

HIVER ...










L'abondance des graisses et l'envie de dormir durent tant que le pétrole coule dans les chaumières.
Les rustres s'étant jetés sur tous les os de la création, ayant léché toutes les vitrines et saisi toutes les occasions d'enfler se trouveront dépourvus quand la bise sera venue... n'ayant d'autre famille que des écrans de fumée, d'autres distractions que les pirouettes des avions, les chansons et les culs tournant en boucle, d'autre mémoire qu'en tutu, d'autre avenir qu'en sueur et huile de coude pour faire pousser des radis. 
Comme dirait le facteur: "Ce qu'il faut , c'est une bonne révolution à l'ancienne..." cet imbécile n'ayant pas vu grand chose car ignorant que les poupées gonflables ne voient jamais le loup et que si l'on reprend la Bastille, ce sera sur un plateau de tournage. Couper des têtes? Distribuer quelques pois-chiches?... Il faudrait surtout du nouveau, un peu de cannibalisme, quelques bouc-émissaires de qualité, quelques têtes rasée, des institutrices déchaînées défilant chez Dior, des descendants d'esclaves et de maîtres lâchés affamés dans l'arène sanglante, des couches-culottes tricolores à l'Académie et mille mesures vexatoires pour finir la boucle, baisser indéfiniment les yeux et péter sous le manteau...

AUTOMNE ...







Il y eut tant de roues, de pompes, de fumées, d'avions, d'engrais, de canons et de gens instruits qu'on prit d'autres habitudes... pour que digèrent les pauvres et se gavent les riches on élargit les villes aux quatre coins, les routes furent innombrables, les paniers montés sur roulettes et l'argent sortit des poches à la vitesse de la lumière... Jamais on ne vit des pauvres si gros... Les écoles regorgeaient d'élèves et les maîtres enseignaient le sourire... Les vaches suivaient à peine la demande de viande hachée et les betteraves la consommation de sucre... Il y avait tant de musique dans les ascenseurs, de pilules dans les pharmacies et de drogues dans les boîtes, que les dieux semblaient vivre au milieu des hommes... Les centenaires furent nombreux et coriaces, les milliardaires furent congelés en prévision des progrès à venir, des âmes sensibles jetèrent les cendres de leur belle-mère au milieu des astéroïdes, on clona son chien avec ses puces et après de justes noces des mulets et des mules adoptèrent des zèbres... Les hommes ne s'étaient jamais distribué tant de caresses.

ETE ...







Tant qu'ils eurent sous la main plus de bois que de fer, les hommes craignirent les diables. Ils se dirent qu'ils avaient l'enfer sous les pieds et le ciel au-dessus de leur tête. Ils surveillèrent de près les étoiles et les heures à cause des inégalités du jour et de la nuit. Les chamans se méfiaient des crétins ordinaires, prenaient des herbes, des champignons et des breuvages amers pour sauter l'obstacle de la pesanteur et flotter de concert avec les esprits. Ils parlaient avec les bêtes la langue de tous les savoirs. Les dizaines de siècles ne les effrayaient pas et leurs précautions nous ont laissés aussi frais et juvéniles que des ruisseaux de montagne. Mais les étés ne durent qu'un temps et tous les sorciers ne sont pas sages. Ce que donnait la Nature était souvent repris : les femmes perdaient leurs charmes en quelques lunes, les costauds tombaient, les enfants perdaient leurs voix d'anges, les automnes éloignaient le Soleil et les articulations finissaient par être douloureuses. La recherche du Bonheur prit des allures de Raison et de chiffres, sous la forme d'une vis d'Archimède ou d'une machine à vapeur.

PRINTEMPS ...






Dès qu'ils furent chassés du Paradis les hommes prirent le large avec des titres de propriété sous le bras. Ils se racontaient des bobards d'enfer du genre " Dieu a dit que tout est à nous ", " Dieu a dit de féconder nos femmes et de nous multiplier comme des lapins " etc... Ces dévergondés de la Nature juraient qu'ils n'avaient rien de commun avec les animaux, qu'on leur avait promis la vie éternelle et d'autres sornettes, que les bêtes étaient stupides car incapables de chanter les louanges du Seigneur ou la grandeur d'Allah... Une fois qu'ils furent persuadés d'être le sel de la Terre, ces singes nus taillèrent des pierres et plantèrent des fleurs pour dire aux générations qu'ils étaient le centre du monde et que la beauté des humains crevait le plafond de tous les spectacles... Ils se déguisèrent en dieux et en déesses, remplirent les sources de nymphes, les océans de sirènes, les jardins de statues... Tout César eut son portrait, tout petit saint son effigie, d'innombrables allégories vinrent au secours des saisons dans les parcs où l'on s'embarquait pour Cythère...

QUATRE SAISONS SUFFISENT ...






Octave Auguste empereur de Rome demandait en mourant s'il avait bien joué la comédie de la vie. Vespasien confiait avec le sourire qu'il se sentait devenir Dieu... Les illusions serviraient-elles à voir clair ?

Les philosophes disent que nous partirons comme des mouches, que les empires sont faits pour les ânes, que la beauté nous trompe et que la douleur nous renseigne... Les prêtres, les imams, les rabbins, tous les marchands de purées célestes promettent la Lune aux pauvres diables. Donc si les chemins ne tournent pas en rond c'est qu'ils ne conduisent nulle part. Sceptiques, soyons heureux de rire. Car il n'est jamais ridicule de se moquer des hommes. C'est même tout ce que méritent les enfants de Dieu, leurs tragédies lamentables et leurs appétits féroces... Un Déluge de plus ne changerait rien. Ils ont les larmes faciles, mais ils sont lourds, boueux, et leurs crimes paient. Tout cela n'est pas original, le dire n'a jamais servi à grand chose.
Nos vies consistent pour un tiers à fermer les yeux dans un lit . Pour un quart, nous sommes à table et à la cuisine. Pour un huitième nous déféquons et transmettons nos gênes. Pour ce qui reste nous travaillons à remplir des assiettes, des réservoirs d'essence et quelques jours de congés... Un petit nombre d'illuminés mêlent à ces prouesses des accessoires et des commodités telles que les oeuvres d'art, poésies, pensées et découvertes... Comme fit Newton observant la chute des pommes, Oppenheimer faisant la bombe et Freud prêtant l'oreille aux arrière pensées...

Contre l'ennui les vérités sont inutiles. Nous avons besoin d'histoires et de mensonges pour ne pas avoir les pieds plats. Il suffit de construire des pyramides dans le désert, de couper la mer en deux, de ressusciter en prévenant ses amis, d'inventer un dieu de la Guerre , une déesse de l'Amour, de s'arranger pour qu'ils soient au calendrier... Un jour quelques fêlés très malins ont échangé de gros sous contre une esclave gironde, d'autres cervelles de génie se sont aperçues qu'à la vue de l'or les hommes et les femmes avaient des frémissements du dos et des tremblements du menton... que suffisaient quelques lieux de pénitence et de lamentations pour les désespérés ou les crocodiles et que dans les rues, sur les places et dans les campagnes des distributions régulières de pièces d'argent rendaient la vie supportable et les humains plus intelligents. Ainsi vinrent au monde l'Avarice et l'Orgueil qui firent de quelques primates des milliards d'êtres pensants qui naissent bons et que la société corrompt. 

L'Avenir nous dira si la vie a un sens... D'ici là nous aurons perdu la boule depuis longtemps. Les historiens ne rendent pas les hommes faciles à comprendre et les livres deviennent illisibles au grand nombre. Comment faire pour échapper aux marchands de Bonheur, aux savants fous, aux stars de la certitude, aux crétins aimés des dieux et à tous les pesteux qui nous veulent du Bien ? Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, soyons dans les évènements comme des bêtes sous les ombrages, un peu différents des hommes et près des origines, inscrits dans nos chairs et nos saisons .
Les âmes se montrent comme les rides et les automnes finissent par dire tout bas qu'il est idiot de vivre deux fois pour en savoir davantage, que les fleurs de l'été suffisent aux regrets éternels...

SI LOIN !...






Grimper de 1000 km pour se rapprocher des étoiles, remonter le temps de quinze milliards d'années, construire des machines grosses comme des villes autour d'une poussière, passer entre les grains de lumière pour en savoir davantage... La Nature ne freine ni les curieux ni les envahisseurs. Elle se pousse un peu plus loin chaque fois, use les explorateurs et gonfle les budgets. Nous sommes revenus de la Lune avec une remorque de cailloux. Nous rêvons de creuser des puits sur Mars pour planter des choux, se donner un drôle d'air et célébrer quelques anniversaires. Nous avons lancé des capsules entre les anneaux de Saturne, observé des tempêtes sur Jupiter, lorgné des océans de méthane ou des sphères de glace... Nous ne savons pas encore marcher la tête en bas, mais les auteurs de science-fiction nous disent que nous aurons la Terre au-dessus de nos lits et que nous regarderons tranquillement voler les mouches avec des lunettes numériques. Dix milliards de voyageurs entre le Soleil et le reste du monde, seront outillés pour vivre deux siècles sans névroses ni dépressions... Il se pourrait que les meilleurs aient des ailes dans le dos et que les méchants ne vivent que cent ans.
 
Vous l'avez compris, il n'est pas séduisant d'avoir les pieds sur Terre si tôt dans le siècle. Les jours se traînent encore comme les chars à boeufs des rois fainéants, les murailles des villes puent le gazole et les hommes avertis se cachent dans les herbages et derrière les haies. 

Si vous ouvrez quelque fenêtre il se pourrait que vous tombiez sur une bibliothèque, là où jadis pendaient des jambons... les livres s'échappent des mains de la jeunesse, les scribes fuient comme fuirent les poètes de la Ville éternelle, lassés du Cirque, fatigués des barbares et des chrétiens... Attendre la fin du monde près d'un ruisseau à truites, s'amuser des lapins et des merles de l'aurore, des grues cendrées de l'après-midi... Dans un coin vous trouveriez aussi des ordinateurs pour voir plus loin que le bout de son nez, mesurer la température du globe et surveiller la montée de ses eaux. Vous prendriez un siège près des salades, songeur devant les romaines, vous pencheriez du côté de Pascal Quignard, en vous disant qu'il se fait plus de musique près des carpes et dans les branches que n'en peuvent les antichambres des rois et les zéniths de la démocratie.  Vous ragez en somme d'avoir trop d'espérance de vie dans un monde si peu varié ... Car lorsqu'il fallait plumer une oie pour écrire, prendre l'encre d'une seiche, sabler sa feuille avant de la plier, les hommes et les femmes faisaient des miracles et des feux d'artifices avec des cervelles défuntes à trente huit ans de moyenne... Il vous arrive de penser que les merveilles du monde ne sont plus à nos portées, vous essayez de voir le ciel sans traînées d'avions ni fils électriques. Il y avait des lions dans l'Atlas et des éléphants sur les bords de l'Euphrate. On vit dans les forêts de Teutoburg blanchir les os des légionnaires de Varus. Les derniers aurochs moururent en Hongrie vers l'an mil. Au Vinland une poignée de danois planta une pierre gravée. Les archers du Premier Empereur montent la garde depuis vingt siècles au bord d'un fleuve de mercure où pêchent des oiseaux de bronze et jouent des musiciens de terre cuite... vos racines vous disent qu'il y eut plus d'enfers et de paradis quand les hommes étaient loin les uns des autres et la Terre immense... 
Que nous serons dix milliards à parler d'amour et d'égalité dans un pot de chambre, dérangés par les cafards et saoulés de sentiments par des amnésiques... Puis avides de vacances entre la Lune et Mars.

1.13.2014

VOEUX REJOUES ....





Sans rire, la vie est une partie spéciale qui dure plus ou moins longtemps, où l'on choisit d'être blanc ou noir, où les matches nuls sont aussi impossibles que les revanches et où les joueurs savent dès l'enfance s'ils ont le goût du jeu. Mais il arrive que, manoeuvrant des pièces, la Mort est irrégulière, donne l'impression de cafouiller, qu'on a l'impression de gagner du temps et de prendre l'avantage, qu'en tentant le diable on lui rafle sa Reine et lui vise le Roi. Le plaisir qui consiste à jouer contre la Mort vient de ce qu'elle semble étourdie de ce qu'on lui a fait et résignée à prendre des coups. Voilà pourquoi les années se terminent, qu'ont lieu les banquets de la Saint-Sylvestre, que les rescapés s'embrassent au gui l'an neuf, se distribuant des voeux. C'est évidemment se jeter de la poudre aux yeux, mais comment prolonger la partie?
Si c'était possible, je croiserais les doigts pour que nous ne manquions ni de chefs-d'oeuvres ni de personnes remarquables. J'inventerais une machine à grains de sable pour que déraillent les trains de l'inexistence. J'aimerais qu'on ne trouve plus d'explications à quoi que ce soit. Mais pour que naisse la gloire il faut du sang et des larmes, que les fenêtres et les caves soient éventrées, que vivent aussi les indésirables et qu'il n'y ait d'autres issues que de s'évader par les toits. 
On dirait qu'en France il y a dans l'air suffisamment de grains de sables et de vent pour qu'on y réinvente de quoi rire et pleurer sur toute la Terre... Ce qui est intéressant c'est que nous sommes pires que les autres quand nous sommes mauvais et que nous sommes meilleurs quand nous sommes bons.
Pourquoi désespérer du pays de Houellebecq ?...

VOEUX VACHES ....







Je ne crois pas au Père Noël et je n'ose pas vous demander si vous avez une idée du temps qui me reste à vivre. Je m'emmerde dans l'herbage à cause du bruit de l'autoroute et des odeurs de gazole qui viennent de l'est. J'appartiens à des vieux qui ne vont sûrement pas tarder à péter un fusible parce que j'ai de plus en plus de mal à comprendre ce qu'ils marmonnent du matin au soir. La vieille oublie de me traire une fois sur quatre et le grand-père ne bêche plus le jardin. Le chien n'aboie jamais car personne ne longe mon pré depuis que la route est coupée. La nuit passaient des chevreuils qui allaient du petit bois à la grande mare, je n'en vois plus. Le gros sanglier ne fait que des visites éclair, les renards ne passent qu'en février. Soyez gentil de vous arrêter. J'espère que vous avez les mains solides, que vous êtes de taille à fendre des arbres. Vous avez sûrement une idée de ce qui se prépare. Moi, je ne souhaite de mal à personne. Je voudrais que les hirondelles soient plus nombreuses, que les grenouilles brunes reviennent dans mon pré, que les grillons se remettent à chanter, qu'il y ait moins de boutons d'or et davantage de pâquerettes... Je n'ai plus de pommiers pour m'abriter, des types sont venus avec une pelleteuse, ils ont enlevé la grande haie du nord et je suis en plein vent quand il fait froid. Je pressens qu'on se moque des bêtes, que les hommes ne nous aiment plus, qu'ils se détestent entre eux et meurent de chagrin. J'ai vu dans leurs yeux qu'ils ne savent plus où aller ni quoi faire pour être heureux. Si mes voeux servaient à quelque chose, je souhaiterais qu'on les chasse encore une fois du Paradis Terrestre...

QUELS VOEUX ? ...



Boire à notre santé n'est pas difficile, faire des voeux n'est pas une science... Vider son verre n'est pas anodin pourtant, car boire ensemble signifie passer du bon côté de la vie. "Santé!" disent les compères, les ivrognes et toutes sortes de marchands de chevaux ou de bonheurs. L'accord se fait dans un verre, sorte de communion sans confesse, qu'il s'agisse d'un picrate ou d'un vin de Moselle. C'est qu'il faut perdre un peu de raison pour tenir son cap, garder ses amis et prendre son temps . Celui de la Vertu fut celui de la guillotine, celui des quarante heures préféra le gros rouge et l'accordéon musette... La Vie en rose n'existe que dans les chansons... Mais un verre ou deux font de la fin de l'hiver le début du printemps... d'un quarteron de cocus une troupe de mousquetaires. Je vous offre mes voeux, à peine plus menteur que mon Beaujolais et plus authentique que mon Touraine... Nous sommes là pour jurer que les hommes se veulent du bien quelques fois par an...

12.21.2013

CIVILISATION ...






In : Jean Gremillon. Remorques.



En 1958 (eh oui...) la Librairie Armand Colin publiait à l'usage des étrangers instruits et des français de bonne volonté les deux volumes de l'HISTOIRE de la CIVILISATION FRANCAISE de Georges Duby et Robert Mandrou, ci-devant historiens de qualité. Les auteurs s'excusaient de présenter cette histoire en 700 pages seulement, car disaient-ils, il s'agit d'une des civilisations les plus complexes, sinon les plus raffinées qui aient jamais été... Mais ils ajoutaient modestement que le livre s'adressait aux grands élèves du secondaire, aux étudiants, au grand public, aux étrangers curieux de la langue et de la culture française , à tous ceux qui désiraient avoir une vue d'ensemble de notre civilisation, mieux saisir à travers dix siècles d'histoire les traits originaux de la France d'aujourd'hui... Cette "personne" (sic). 
Il reste sûrement des étrangers curieux de la culture française, c'est moins évident du côté des curés de la pédagogie centrée sur l'élève. Ce livre a été réédité plusieurs fois et traduit en neuf langues. En 2006, dans un tout autre régistre, Nelly Mauchamp, auteure de plusieurs ouvrages sur la société française, chercheuse au CNRS et professeure à Paris-3, Sorbonne nouvelle, publiait aux éditions du Cavalier Bleu, un lexique des "idées reçues" sur les français, ces idées qui mêlent souvent le vrai et le faux, pour apporter un éclairage ô combien salutaire sur ce que l'on sait ou que l'on croit savoir...
Donc les peuples ne naissent pas des dernières pluies... Ce ne seront pas les israéliens ou les iraniens qui nous démentiront, ni les turcs ni les arméniens, kurdes, serbes, italiens, marocains, russes, espagnols, écossais, allemands, suisses, zoulous, inuits, brésiliens etc... La liste n'en finirait pas, plus longue que celle des états qui ont un fauteuil ou un strapontin à l'ONU. 
Les infortunes et les folies de l'Europe ont malheureusement transmis pour un temps le flambeau de la civilisation à des sprinters plus rapides sur leurs jambes que subtils dans la cervelle. Tout ce qui brille n'est pas or, les fabricants de miroirs aux alouettes le savent bien, mais les alouettes du monde ont encore le bec tourné vers la Californie et Manhattan, car avec du soja, des films et des dollars on  fait des miracles... 
Il n'y a pas que des jobards d'outre atlantique qui s'y prennent avec les gogos, ils ont leurs clones aux quatre coins de la planète, l'essentiel étant que sur cette planète ronde la monnaie circule rondement et que des élites tirent les ficelles de la fin des temps. Ces maniaques craignent qu'un milliard et demi de chinois ne leur marchent sur les pieds, car en Chine on se fiche de l'au-delà et tout vient à point pour qui sait attendre... 
Les super-bateleurs du monde selon l'Axe du Bien font donc la part du feu : ils rasent ce qui dépasse chez les faibles, divisent les peuples avec des gri-gri, des chapeaux, bonnets, voiles et calottes, poussent aux fesses des races pures de citoyens, armées les unes contre les autres dans le maelstrom des centres commerciaux... Punks, Salafistes, Nationalistes, Sionistes, "Jeunes", Blacks, Intégristes, Supporters, Lesbiennes, "Descendants d'esclaves", Voilées, Chasseurs, Gays, Obèses, Motards, Artistes ( les uns et les autres ayant le cul sur des soupapes dans les embouteillages).... Ces fractions aussi "légitimes" les unes que les autres, servent à l'illusion d'un vaste monde alors que les chemins passent par le politiquement correct, l'information de synthèse, la communication entre chiens de Pavlov... Le goût, l'odorat, la vue, le toucher, l'ouïe devenus électroniques et chimiques... tiennent les rues, les ascenseurs et les assiettes. Les îles de Robinson, les cimetières des éléphants, les temples du Soleil et les monts de la Lune ont déserté les deux hémisphères... On voyage entre les codes barres... 



LES PETS ET LES ROTS ...







Dans le hachoir du XXIème siècle, nous sommes à deux doigts de gagner une partie, parce que nous faisons des bébés avec ou sans mariage, que pas un seul de nos citoyens n'oublie de se plaindre et que la plainte générale est un merveilleux dénominateur commun. J'ai connu plus de bacheliers turcs, arabes et kabyles qui se plaignaient en bon français que de rejetons de la France dite "profonde" qui manquaient de bière... Notre savoir-vivre procède d'une longue expérience de la guerre civile... Les communautaristes qui prospèrent dans l'hexagone à la solde d'états et de dieux jaloux, tous les sorciers qui font des pieds et des mains au service du Diable, c'est à dire de la stricte observance des livres saints, nous croient faibles sous prétexte que le Paradis nous fait rire... Nous nous moquons des terres promises, ces déserts où s'étripent des iconoclastes pour d'éternelles querelles de points d'eau et de livres... "Un riche laboureur, sentant sa fin prochaine, fit venir ses enfants, leur parla sans témoin..." : La Fontaine nous a guéri des illuminés qui promettent des vierges et des mignons dans l'au-delà si on se prive de cochons, de beaujolais, de poireaux, de rasoirs et de femmes libres... Nous font pleurer de rire les dents blanches, l'haleine fraîche et les tripatouillages de strings sur les tapis rouges des people et du FMI... L'Eglise de France fit de Jeanne d'Arc une sainte, histoire de la piquer aux Républicains qui l'avaient faite l'héroïne du peuple... Qui devons-nous fréquenter pour savoir qui nous sommes? Nos élus n'ont pas les mêmes alliés que notre peuple et s'ils crient au feu, nous savons que leurs vessies ne sont pas des lanternes magiques... Quand seront menottés les porteurs de valises de quelques pays sur le qui-vive, que seront déplumés et cornus les idéologues qui vendent le bonheur aux enchères, que nous serons en quelque sorte comme des chinois en chine , buveurs de l'eau où nous sommes nés, laveurs de linge en famille et que nous choisirons une bonne Europe pour ne pas mourir idiots, nous pourrons chanter, toutes hontes bues : "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage..."
A moins que trop usés par nos mensonges , nous choisissions la pesanteur, l'amnésie, les démangeaisons, la flicaille, les communautés, le meurtre, les soupirs, les pets et les rots... 





PERSONNE ...









Mon nom ne vous dirait rien, je ne suis personne... Tel que vous me voyez, je m'étais armé pour descendre l'interminable escalier qui menait à une certaine cave. Je tenais un bougeoir, les marches glissaient à cause de l'humidité. Il y avait des couloirs qui partaient à droite et à gauche de certains paliers. J'y ai vu des photographies d'inconnus rangées sur des étagères avec des inscriptions précises et indéchiffrables. J'ai vu depuis dans des tombeaux anciens, saccagés par des adolescents ivrognes, des portraits de ce genre, reportés en sépia sur des porcelaines... Je descendis un nombre incalculable de marches. Il y avait des bruits indistincts et comme des murmures. Je me sentais en forme. Quand je fus tout en bas, j'entrai dans une salle carrée. Les murs étaient à peine visibles faute de lumière , mais sur une petite table au centre de la pièce, on avait posé un cadre de cristal. Il contenait une photographie. Quand je me suis approché, le cristal émit une lumière bleue aux quatre coins du cadre. Bien que la photo soit nette , je dus m'approcher à dix centimètres pour la voir vraiment. Une jeune femme et un jeune homme occupaient l'ovale découpé sur un fond noir. La femme portait une boucle d'oreille en forme d'étoile avec des brillants au centre, une broche de grande taille fermait son col. Ils étaient tous deux en costume de fête ou de cérémonie, à peine sortis de chez le coiffeur. Je cherchais une inscription, des noms, une date, mais il n'y avait rien. Je regardai autour de la table, mes yeux s'étaient faits à l'obscurité. Rien sur les murs ni ailleurs. Le sol était fait d'un carrelage de terre cuite, des tomettes hexagonales comme on en voit tant au sud de la Loire. Au moment où je me disais qu'il fallait remonter, je sentis un tremblement dans le dos, des frissons aux bras et une sorte de contraction de la gorge. Il se mit à faire froid. J'avais un vertige. La photographie grandissait à vue d'oeil et alors que je baissais les yeux je vis que je portais des sandales et distinctement que je chaussais du 32. Rien ne bougeait sur la table, j'étais essoufflé, il y eut une odeur de moisi, je fonçai dans l'escalier, je courrus de palier en palier sans m'arrêter. Je m'étonnais de courir si vite. Je regardai en l'air et je vis que la Lune avait changé.

GOYA, FIESTA ....





Fête ou pas fête, la différence consiste moins à vouloir du Bien qu'à espérer de la vie en plus ... A quel prix? Retournez-vous, voyez la dépense, les rêves anciens, les chimères partagées, les trésors trop remontés en surface, les provisions gaspillées, les bêtes sacrifiées aux machines, poisons et combinaisons de finances...Votre Paradis vous menace de sécheresses, grandes marées, bousculades géantes et qui sait, de triomphes ridicules sur des champs de bataille gazogènes et thermophiles... Ce qui reste de vos amours ne rafraîchira personne et tout courant d'air sera plus aimé que l'amitié. Il y aura des cannibales où paissent les antilopes et les forêts torréfiées borderont des fleuves pourris où les crocodiles bailleront pour toujours. Ne vous faites pas de souci, il y aura des hommes au sein des nuées d'insectes, des hommes sages qui n'auront plus besoin de livres, de palais et de mémoire... Des hommes enfin libres de promener des migraines autour du Soleil et de naviguer sur des bancs de méduses phosphorescentes... Il y aura des fusées habiles qui passeront les égouts circumterrestres et porteront des messages collés sur des containers d'ovules et de spermatozoïdes... Il y aura des petits malins qui cacheront un poil de cul dans des flacons d'ADN à destination du Destin...

MONOPOLY .....









A Venise et partout sur la Terre on dit que l'eau froide vire au tiède et qu'il y aura des problèmes pour les zèbres dans les savanes. On dit qu'il y a tant de vaches qui pètent et de gros lards qui débordent que l'atmosphère a mauvaise haleine, si mauvaise que, de mémoire de phoque, on n'a jamais vu tant de harengs saurs dans les villes-lumières ni tant de glaçons fuir les pastis... On dit que nos vieilles habitudes vont en prendre un coup. Depuis quatre ou cinq cents ans nous chantons :" Pile, je gagne et Face, tu perds."

Nous sommes égosillés et plus grand chose ne sort de nos gosiers civilisés...

Nous terminons une gigantesque partie de Monopoly commencée entre amateurs d'oignons dans les rues d'Athènes, patrie des philosophes et de la raison. Après une interminable séance de distribution de monnaie, coupée de meurtres, d'incendies, de faits héroïques ou lamentables, quelques obstinés de l'estime de soi, plus obstinés que des frelons, firent le tour du monde à la voile et posèrent les pieds sur toutes les plages de la création. Il fallait des hommes de sac et de corde pour chercher fortune en mer sur des rafiots puants, pourris et inconfortables... Quand ces individus débarquaient avec leur vermine, scorbut et fringale de fesses fraîches, ils se taillaient des paradis terrestres à l'épée, cherchant des poules aux oeufs d'or dans les boyaux de leurs hôtes, copulant partout et donnant des malchanceux à bouffer aux chiens... 

La Raison et l'Amour du Prochain font triste ménage avec le droit du glaive ... Pirates, corsaires, négriers, conquistadors, pélerins, soldats, explorateurs, se jetèrent dans la déferlante du "Progrès". Tant qu'il n'y eut que des voiles pour aller vite et des mousquets pour faire des cartons, les ravages de nos gros bras et de nos têtes farcies ne furent guère plus inquiétants que le lot habituel de saloperies qui accompagnent les "avancées" de l'Humanité... Car les plus féroces bousilleurs de chair humaine furent des microbes : le rhume, la rougeole, la variole, la peste, la chaude-pisse et la grande vérole des luxurieux.... D'est en ouest et retour vont les microbes, quelquefois du nord au sud. On a oublié que la première guerre mondiale fut d'abord celle des bactéries et des virus, redoutable mêlée d'inconscients minuscules, hyperactifs et 100% honnêtes... La dignité des hommes méritait mieux : sur les côtes d'Afrique, les marchands arabes firent de l'esclavage pendant douze siècles, histoire que le thé soit servi à l'heure et que des nuées d'objets sexuels se convertissent à l'enseignement du Prophète. De l'autre côté des déserts, des brousses et des forêts, l'Europe charria chrétiennement quatre siècles de "Bois d'ébène" vers les Amériques... vidangea le nouveau monde sur l'ancien, pour le bonheur des marchands de sucre, des armateurs et des arts... Puis un plombier écossais, méditant sur les joints, les cylindres et les pistons fit d'une marmite une machine à vapeur. D'autres enfants du Seigneur méditèrent ensuite sur les canons chargés par la culasse, les carabines à répétition, les mitrailleuses, les télégraphes, les écoles, les pauvres travailleurs et les riches roturiers, toutes sortes de locomotives, navires à roues et à hélices, mines de charbon, de fer etc... Tous progrès fantastiques qui mirent la Terre dans le sac d'une poignée de propriétaires...


La partie semblait interminable vers 1900 car les joueurs perdaient insuffisamment et ne gagnaient plus assez. L'ennui, l'envie de vacances , une sorte d'anesthésie de la crainte, la béatitude des victoires faciles, un retrait des cervelles firent en fin de compte la joie des pantalons rouges et casques à pointe... Une sale blague d'étudiant serbe, les calculs idiots d'une bande de comptables enivrèrent des marchands de ferrailles, puis un caporal à moustache étroite construisit des abattoirs géants et quelques savants issus du peuple firent des bombes d'exception dans un désert d'Amérique....

Les choses en étaient là lorsque je suis né. Il y avait environ 2 000 000 000 de têtes plus ou moins pensantes pour survivre aux caporaux à moustache étroite et aux savants de Los Alamos. On venait d'occire quelques 2,5 % de l'humanité, une bagatelle en termes de croissance ou de chômage... Soulagés par cette trempette sous une douche froide, les bons apôtres de l'après-guerre nous ont lancé dans un nouveau combat contre les forces du mal : l'air pur, l'eau propre, les forêts, les paysans... 
La Nature, ennemie jurée des bouffeurs de Bibles, pourfendeurs de péchés et de paresses, prise à la gorge comme une bête féroce, serrée à mort par les extracteurs de profits, chasseurs d'or et baiseurs de peuples, moquée, trahie, vendue, piétinée, salie, pourrie, amputée, maquillée, sodomisée à qui mieux mieux, la nature se venge sans un cri, monte les thermostats, s'enfièvre, coûte de plus en plus cher et ne cède plus rien aux prières. Dans des caves dorées risquent de s'éveiller des cruautés, de subtils cauchemars, des projets fantastiques de flagellation... Y aurait-il déjà quelques flacons de la dernière extase, quelques grammes de virus obéissants, de bactéries dévouées sous les bouchons de champagne de la fête des salauds?... Imaginons la Genèse ... La fin accidentelle de 7 milliards de "coupables", vite méthanisés, lyophilisés, injectés sous les plantes, pulvérisés sur les poissons.... La survivance miraculeuse de quelques millions d'associés pour le pire, jurant, mais un peu tard qu'on ne les y prendrait plus ... Les nazis devenus des hommes dans les assurances, la restauration, l'enseignement, la police, la chirurgie et j'en passe....
Les archanges de l'effet de serre, après partage des dépouilles, réorganisation démographique et zoologique, publieront des B.D. sur la puanteur des temps préhistoriques et la force des vents dans les voiles...



12.18.2013

LES FRANCAIS ....







Les Français changent de régime comme de chemise, mal fagotés depuis 1789, surpris de leur gloire ancienne et bousilleurs de talents. Indifférents au monde, jardiniers, querelleurs, condamnés à l'exception par leurs abrutis bien élevés, ils oscillent entre les désastres programmés et les victoires inattendues, gouvernés par des incompétents qu'ils ont soigneusement choisis, car ils craignent les esprits clairs et les poignes solides quand il s'agit de vivre ensemble. La République ne les a guère plus gâtés que les Capétiens, Valois et Bourbons de jadis... Les vertus citoyennes aiguisées comme le tranchant des guillotines n'ont empêché ni la pétaudière de 1848, ni la colonisation à outrance, ni l'abattage des pantalons rouges ni le ratage de la paix, ni la déchéance de Munich et de la guerre d'Espagne, ni la drôle de guerre, ni les armes de Gamelin rendues à Pétain, ni l'Indochine, ni l'Algérie, ni Gaston Deferre restaurateur des grands féodaux sous Mitterrand... Tout ce qu'il y a de fondations dans ce pays vient de Louis XIV, des deux Bonaparte, et de Charles De Gaulle... Le reste n'est que dilapidations, petites vertus et amitiés douteuses. En 2005 nos élus, "remerciés" aux présidentielles, avaient envoyé aux anglais quelques navires pour fêter dignement le 200ème anniversaire de Trafalgar mais il n'y avait que des Belges à Austerlitz pour celui d'une certaine victoire... Cette passion du naufrage tient du supplice de Tantale : le citoyen grimpe sa bosse d'égalité de liberté et de fraternité sur une pyramide d'anthropophages... Il n'y a qu'un pays au monde dont les 65 millions d'esprits forts hurlent à l'étranger les tares de leur domicile, truffent leurs journaux d'emprunts linguistiques ridicules, prennent leur vessie pour une lanterne... Vercingetorix fut trahi par des gaulois, le Grand Condé fricota avec l'Espagne, les maréchaux de Napoléon lâchèrent l'empire, des héros de 14-18 furent des collabos forcenés en 40-45... François Mitterrand pariait sur la fin de la nation .... Très vieille et très triste habitude du dénigrement de soi... 

12.15.2013

FUYAIT LE DIABLE ....




La Nature est enchevêtrée, obscène, indifférente aux consciences... Elle pousse, elle arrose, ravine, éclaire, pourrit, entasse sans calculs ni précautions ... Ce n'est pas la bienfaitrice que l'on croit. Nous avons été sa chose puis sa bête. Rien n'interdit de penser qu'elle prépare une diarrhée de basalte et de souffre dont elle a le secret, fasse sauter une mer de magma et couvre la Terre de vingt centimètres de cendres empoisonnées... Une caillasse de 100 km peut tomber sur nos anciens champs de bataille, volatiliser des millions de pissotières et souffler toutes les cloches et tous les tapis de prières... Une bactérie au look d'enfer peut contrarier nos amours, en finir avec des milliards de bouches roses et noircir tous les lampions de nos bals... Pour oublier les gouffres , nous avons inventé les spectacles. Nos chamans se sont servis de petites fumées pour aller dans les nuages. Des prophètes ont escaladé des montagnes pelées en quête de Terre Promise. Les estomacs et les ventres à remplir ont fini par accomplir des miracles. Des clairières sont apparues, des parcelles furent entourées de haies, des huttes sont devenues des maisons, des routes ont relié des villes et des hommes puissants bâtirent des forteresses entourées de fossés et d'avenues... Le ciel capturé dans les bassins, les arbres alignés comme des laquais, taillés en boule ou en pointe, les pierres travaillées en ronde bosse... Les pauvres et les bêtes chassés hors les murs, les faunes et les cortèges dyonisiaques tournaient autour des châteaux , Apollon cavalait sur son char et certaine noblesse embarquait pour Cythère tous les jours que Dieu fait... Des couples sous les frondaisons, des violons, des habits de soie et des poèmes... Ainsi naissent les paysages où la "Nature" s'engourdissait de marécages, d'épines, de ronces, où les loups chassaient le cerf, les renards parlaient aux corbeaux, les ermites fuyaient le Diable... 



PHOTOGRAPHIES ...





Nos yeux se déplacent tous les cinquantièmes de seconde, nous faisons dans notre tête des additions et des soustractions de ces arrêts sur image, les résultats se mêlent à des souvenirs tirés par les cheveux de notre mémoire... Ils nous changent l'humeur ou nous enfoncent dans nos trous, peu importe. Il arrive qu'avec un hasard de plus ou de moins plus un brin de conscience et trois secondes de réflexion, nous jetions un oeil sur ce que nous avons déclenché... Nous ne saurons jamais quelle fut la part des choses, de nous-mêmes, de nos aptitudes à tisser des liens entre notre ignorance et l'absolue indifférence de ce qui nous entoure... Avons-nous prouvé que nous sommes quelque part, que nous l'étions et que bientôt nous serons ailleurs?... Nous ne sommes pas plus près des êtres et des choses quand ils passent à travers des lentilles, nos "capteurs" font le décor de nos illusions et de nos suffisances, mais surtout laissent filer la présence du monde comme file l'eau de mer entre les doigts... Il nous reste un peu de l'écume des jours ... Tels sont les paysages en photographie, à refaire jour et nuit pour le lendemain, défraîchis de la veille, tout juste témoins d'un passage sans importance, mais nécessaires à l'investigation de quelque seconde plus ou moins fatale que sa précédente et sa suivante... Le Soleil s'est arrêté sur le chemin de Damas. 
 

PRECIPITATIONS ....






Si nous avions le talent parfait de la lumière et de l'ombre, nous aurions celui de l'absolue vanité des choses. Car nous saurions que des astres tombent des poussières impalpables qui se traînent sous les vents stellaires, forment des nuages dont le plus infime dépasse mille milliards de fois l'empire d'Alexandre... Nous saurions que tout s'échappe de nulle part et que les paradis sont des folies passagères, comme les nuées qui vont des mers aux montagnes, arrosent les escargots et redonnent l'oxygène aux poissons... Nous parlerions la langue des tortues qui se plaisent depuis deux cent millions d'années. Nous saurions qu'on n'explique pas le monde, qu'on l'épouse à la rigueur, bien heureux de trouver chaussure à son pied... Nous plaindrions les fondamentalistes des Nombres et de la Raison qui nous emmerdent depuis Socrate, nous éloignent des arbres et des bêtes, voient la nuit et rêvent le jour, nous maquillent en civilisés pour des banquets et des expéditions... Nous détesterions les prophètes hallucinogènes, renifleurs de paroles divines et autres ficelles à gêner la station debout puis couper les cheveux en quatre et les femmes en rondelles... Nous observerions l'application des cervelles à produire des déchets, des poisons, des excréments d'hydrocarbures et dix mille molécules servant à désodoriser les parties intimes, tuer les insectes, embellir les porcs et conserver les confitures.... Tous déchets qui vont à la rivière et à la mer, ainsi qu'hormones, et chimiothérapies pissées et chiées dans la porcelaine ... finissent dans les coquillages, les algues, les crustacés et les harengs puis se réinstallent dans les assiettes pour un deuxième tour dans les artères et les lobes du foie, s'attardent dans les cartilages puis les graisses au rythme de 5 ou 7 microgrammes quotidiens de colorants, métaux lourds, organochlorés etc... Pour la première fois dans son histoire la cervelle humaine tartine son pain aux 2000 additifs de sa merde chimique et technologique, se la mélange aux frites et viandes hachées, salades, oeufs, fromages et mayonnaises de ses désirs. Jamais serpent ne s'est mordu la queue avec tant de savoir faire, n'a roté avec autant d'ardeur au concert de ses amours et de ses digestions... Des milliards de singes nus, pesant le double du nécessaire, ayant excrété du pôle nord au pôle sud , vidé tant de poubelles, de citernes, de cuves, de containers, de valises, de wagons, de cales, de soutes et de gros intestins se lancent dans la grande aventure de l'auto-production et consommation de la mort via le boire, le manger, le souffle et l'empire du slip... Acharnés à croître, nuire, se précipiter sur leur planète, se grimper dessus, talonner des têtes et des enfants, écrabouiller les gêneurs , se ronger mutuellement les chairs, triompher à jamais de la finesse et du savoir..

LES RESTES ....





Tels sont les restes d'un monde foutu pour cause de défaillance économique, d'invasions monothéistes et de tremblements de terre. Nos images ne seront pas de marbre au jour lointain de nos remontées sous le soleil : nos morceaux de plastique, nos vieux papiers, nos vanités multipliées, nos médicaments sauvés des eaux, nos langueurs sur écran et traces numériques, nos vantardises, nos ciels bleus et nos cocotiers pour demi-cons, nous rendront à jamais ridicules... et inquiétants.
Nos classes moyennes, autant dire nos liquides-vaisselle , s'étant gavées de luxes minables et de retours d'âge, viennent se taper la cloche où les peuples sont anciens et mal payés... Fricoteuses de boutiques, posant de vieilles pattes sur de tristes occases, sables mouvants de l'esprit, caricatures de corps, ces armées chenues de la consommation se mettent des couches-culottes culturelles et gastronomiques, indifférentes aux morts anciennes, les doigts accrocheurs sur les buffets des cinq étoiles comme ceux des aveugles de Brueghel sur des épaules ... S'emplir le boyau de sursauts, rêver de prolongations sous les chasses d'eau... Gagner le pompon d'un tour supplémentaire ... La descendance des vaincus de 1940 ne vaut guère mieux que les romains d'Odoacre , après qu'il eût plié les oripeaux de l'Empire et fait porter la caisse à Byzance....