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7.07.2013

TANT DE PRINTEMPS .....





120x26 cm. huile /bois. Vases canopes, prédelle.MD.



Ma tristesse n'est pas infernale,  je n'ai pas de raison de me plaindre.  Les chagrins de l'amour ne m'ont jamais cloué pendant des mois. Je suis victime d'une espèce de lumière qui baigne les choses et les gens que j'aime. Cette lumière venue peut-être de mon âge ou d'une accumulation imprudente de lectures, me montre d'abord le peu de chemin qui me reste à faire pendant que tournent sur elles-mêmes les beautés du monde... Après tout c'est dans l'ordre des choses, il ne fallait pas naître et grandir. J'ai préféré les parfums , les couleurs et les bonnes températures à la nuit noire. Je ne regrette rien, même pas d'avoir cru au Diable et au Bon Dieu, car les mensonges délient la langue et entre menteurs les conversations donnent du relief au temps qui passe.
J'aurais craint de me rendre à la mort trop tôt. Je n'étais pas fait pour les champs de bataille ou les courses de moto, encore moins pour de précoces maladies mortelles, bien que j'aie résisté de toutes mes forces et d'extrême justesse à la vie sans antibiotiques... J'avais moins de deux ans mais personne ne pouvait choisir à ma place et mon destin consista donc à parier sur l'avenir en sortant de l'oeuf.
Attentif aux plus subtiles variations de l'air et des institutions, je termine ma soixantaine en ne jalousant personne, conscient qu'avec ou sans progrès les deux tiers de l'humanité ont déjà passé l'arme à gauche à cet âge, que j'ai vécu sans guerre mondiale ni épidémie de peste, mangeant à ma faim et buvant avec plaisir. Cela ne peut durer. Une grippe d'un genre nouveau peut faire le ménage, un oriental se payer une pétoire atomique un ivrogne me couper la route au mauvais moment, une fatale distraction ... Ce qui m'attriste vraiment c'est que s'en ira ce que j'admirais, devenant invisible ou carrément rien, comme certaines odeurs de la campagne ou musculatures de mains, allures des corps et tournures de langage... Que les bêtes sans résignation et sans peur iront au saccage, que les chats si savants ronronneront trop fort... Que mes amies si jeunes dans ma tête et vives dans les fourrures ou vêtements d'été, n'approcheront plus leurs yeux lilas... Que mes petits enfants perdront leurs joues... Que les récits de mon père vont s'abolir et le son de sa voix... Que ma femme aura des chagrins cruels... Que personne  après moi ne verra sur deux tréteaux, un jour d'hiver, le cercueil de chêne de ma mère près du bénitier de son baptême... Que mes tableaux seront crevés ou en incertaine compagnie, que des photos tomberont des albums pendant leur transfert à la décharge ... ou seront démagnétisées dans les disques durs. Les  dieux meurent aussi, les époques finissent à la ramasse et j'ai vu chez un brocanteur une cassette de légions d'honneur dont personne ne sait plus rien. 

Que faire contre la tristesse? Que pensait Pétrone en se taillant les veines? J'ai lu dans "Quo vadis ?" qu'il contemplait des reflets dorés dans les cheveux d'Eunice, une esclave nubienne...


1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Je vous découvre et je vous ai lu goûlument et avec un bonheur certain.

    Que faire contre la tristesse ? La laisser de côté et tourner son visage vers les mille et uns bonheurs qui jalonnent notre quotidien !

    Merci pour ce joli moment

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:-))